Un texte de Hugo Bouchard-Beaulieu, coach d’entrepreneurs, Bushido Coaching
LES IDÉES DES AFFAIRES. Les vacances commencent à peine… et déjà, le corps lâche. Un rhume, une grippe, une fatigue écrasante. Comme si la maladie avait attendu le moment précis où l’agenda se vide pour se manifester.
Chaque année, de nombreux dirigeants et entrepreneurs vivent ce même scénario. Et pourtant, ce n’est ni un hasard ni une fatalité. C’est le résultat prévisible d’un rythme de travail où l’on tient longtemps sans vraiment ralentir.
Dans le monde des affaires, tenir la pression est souvent perçu comme une qualité. Livrer malgré la fatigue. Décider malgré l’incertitude. Continuer alors que l’énergie baisse. Le corps, lui aussi, s’adapte à cette logique. Il entre en mode action. Sur le plan physiologique, ce mode repose sur l’activation du système nerveux sympathique, celui de la vigilance, de la rapidité et de la mobilisation. Le cortisol et l’adrénaline soutiennent l’effort, maintiennent la concentration et atténuent temporairement certains signaux corporels, comme la douleur ou la fatigue. C’est efficace. Très efficace !
Mais ce fonctionnement est conçu pour répondre à une menace ponctuelle, pas pour durer des mois sans interruption.
Ce que le stress chronique met en sourdine
Quand le stress devient prolongé, le corps fait des compromis. Il priorise la performance à court terme, parfois au détriment de la récupération.
La fatigue s’accumule, mais reste gérable.
L’irritabilité augmente, mais demeure tolérable.
L’immunité s’affaiblit graduellement, souvent sans symptômes évidents.
Autrement dit, le corps tient… mais à crédit ! Chez plusieurs dirigeants, ces signaux deviennent presque normaux. On s’y habitue. On se dit que ça fait partie du rôle. Les vacances apparaissent alors comme le moment où tout pourra enfin se replacer.
Le moment où tout ralentit
Puis arrivent les vacances, les échéances tombent, le rythme change, le téléphone se tait un peu. Le corps reçoit enfin le message « tu peux arrêter ». C’est précisément à ce moment que le paradoxe se manifeste. Le système parasympathique, responsable du repos et de la récupération, reprend le relais. Le cortisol baisse. La vigilance diminue. Et ce qui avait été maintenu à distance pendant des semaines refait surface.
Fatigue. Inflammation. Vulnérabilité aux infections. Le corps s’exprime.
Ce phénomène est connu en recherche sous le nom d’effet de relâchement (let-down effect). Il décrit l’augmentation du risque de tomber malade après une période de stress intense, lorsque la pression disparaît soudainement. En clair, ce n’est pas le repos qui rend malade, mais la transition trop brutale après une longue période de tension.
Un problème de rythme
Ce constat surprend souvent. Plusieurs dirigeants s’imaginent être « solides » parce qu’ils tiennent longtemps. En réalité, ils sont surtout adaptés à un contexte exigeant. Le problème n’est pas la capacité à performer. C’est l’absence de zones tampons.
En entrepreneuriat, les pauses sont souvent rares, fragmentées ou conditionnelles. On ralentit quand tout est réglé. Or, tout est rarement réglé. Le corps s’ajuste donc à une pression quasi constante.
La période des Fêtes accentue cette dynamique. Fin d’année financière, bilans, décisions en suspens, charge émotionnelle familiale, changements soudains de rythme. Pour un organisme déjà sollicité, le contraste est important.
Des solutions ?
La solution ne consiste pas à travailler moins, mais à mieux moduler le rythme. Quelques ajustements font une réelle différence :
- Ralentir progressivement avant les vacances, plutôt que de s’arrêter net
- Intégrer des moments de récupération pendant l’année, pas uniquement en fin de parcours
- Maintenir une structure minimale pendant les congés (sommeil, mouvement, repas)
- Reconnaître la fatigue comme un signal utile, plutôt que comme un obstacle à contourner
Ce sont rarement les grandes décisions qui protègent la santé, mais les transitions mieux gérées.
Dans un contexte où la clarté, la lucidité et la capacité à durer deviennent des avantages concurrentiels, la santé du dirigeant ne peut plus être reléguée au second plan. La question ne devrait pas être de savoir si on peut se permettre de ralentir, mais plutôt :
« Combien de temps encore puis-je fonctionner ainsi sans récupérer réellement ? »
Tomber malade au début des vacances n’est pas un signe de faiblesse. C’est souvent le signal d’un corps qui n’a jamais eu l’espace de ralentir avant. La performance durable ne se mesure pas seulement à la capacité de tenir, mais aussi à celle de sortir du mode survie sans s’effondrer. La santé d’un dirigeant ne se joue pas pendant les vacances, mais dans la façon dont il y entre.